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dimanche 7 décembre 2008

Henri Texier - Varech (1977, Eurodisc 913.087)



Henri Texier est bassiste/contrebassiste de formation jazz : il a contribué dans les années 60 à l'émergence du free-jazz et du jazz-bop en Europe après avoir dès son plus jeune âge accompagné des musiciens comme Lee Konitz, Dexter Gordon, Booker Ervin, Art Farmer etc.

Au début des années 70 il se lance dans la découverte de nouveaux instruments et particulièrement des percussions de styles folkloriques internationaux, et d'instuments à cordes désuets. Il sera notamment membre du mythique Total Issue (un LP qui ferait bien sur mes étagères...) et accompagne ainsi de nombreux artistes francophones tels que Catherine Ribeiro, et participe en parallèle à de nombreux projets plus avant-gardistes avec Didier Lockwood notamment.



Ce disque sorti en 1977 est son second album solo qu'il réalise à 100%, après Amir sorti l'année précédente ; Amir fut le laboratoire expérimental qui permit à Henri Texier d'élaborer ce bijou de jazz scat, imbibé d'ambiances folkloriques africaines et moyennes orientales, de flûtes andines et de persussions siams. Son jeu de contrebasse a quelque chose de bestial, d'instinctif et de parfaitement inimitable.

Les titres s'enchainent et nous transportent au gré des sonorités, nous fait visiter le monde au rythme des infrassons de ses instruments. Un disque fondamental des trips new age et world music qui verront le jour dans les 80's à n'en point douter ! On a peine à croire qu'avec ses allures de bûcheron franc-comtois, ce musicien parisien puisse nous émouvoir autant, au rythme des bombardes et autres ouds, et des choeurs sacerdotaux empreints d'un folklore bigarré et multiracial !

je ne me séparerais jamais de cette galette...



le disque que je vous présente (désolé pour les photos...) est pressé en 77 et sorti chez Eurodisc, distribué par WEA. La pochette et le disque sont EX et la cote de ce "truc" avoisine les 25 euro (plus à en croire nos amis de Popsike...)

si le matériel me le permet, je vous en ferais un rip !

samedi 23 août 2008

Linn County - Proud Flesh Soothseer (1968, Mercury SR-61181)



Évidemment cet album est un monument sinon je n'en parlerais pas (modestie...). Pour être plus objectif, je pense que cet album est une fois de plus une pierre angulaire essentielle entre les décennies 60 et 70 : il faut vous le procurer, par n'importe quel moyen !

Le groupe se forme dans l'Iowa en 1967 sous le nom de Linn County Blues Band, puisqu'ils sont originaires du Conté de Linn, et qu'ils sont un groupe de blues...imparable... Ils émigrent vers San Francisco l'année suivante et deviennent Linn County; ils signent pour Mercury et sortent dans la foulée leur premier album qui demeure à mon goût le meilleur (je n'ai découvert le troisième que récemment, dommage). Le line-up se compose de Stephen Miller (orgue, chant), Larry Easter (saxo, flûte), Dino Long (basse), Fred Walk (guitare, sitar) et Ray 'Snake' Mc Andrew (batterie).



Cet album vaut surtout le détour par sa diversité et son originalité dans l'interprétation; c'est un mélange subtil de soul/blues et de rock psychédélique, bourré d'orgues vibrants, de flûtes badines et de guitares accrocheuses. La reprise audacieuse du Think de James Brown qui ouvre l'album est une synthèse intéressante de ce que sait faire ce groupe. Le titre suivant flirte plus volontiers vers une forme d'avant-garde à la sauce jazz, sans perdre de son enrobage psychédélique, un peu comme si Jean Luc Ponty jouait avec le Grateful Dead ! La fin de la première face reste très orientée avant-garde avec une flûte et un saxo omniprésents, surnageant hors d'une composition d'honnête facture, toujours entre soul, blues et rock psychédélique.

Le morceau de bravoure de la seconde face s'intitule Protect and serve/Bad Things, il dure plus de 14 minutes. Toujours très proche de la soul avec ses cuivres, il nous propose un interlude free-jazz baroque/rococo dans un style proche des Mothers of Invention; le morceau vire blues à la façon du Paul Butterfield Blues Band, sans négliger les parties de saxo à la façon du Chicago blues de la fin des 60's. L'enchainement avec Fast days, un titre finalement assez dansant toujours bourré de groove, démontre encore l'étendue des capacités techniques et de l'aura artistique de ce groupe à redécouvrir; le finish rappelle une fois de plus le gang de Zappa...



Le pressage qui orne mes étagères est un Mercury US qui frôle le VG+ niveau pochette (léger ring et un accroc sur la tranche) alors que l'intérieur du gatefold est NM, bien brillant. Le disque est heureusement quant à lui NM (un vrai, pas une rayure visible, par un souffle !) et c'est un vrai régal sur la platine !!
Pour continuer mes esquisses de cotation, je lui donnerais bien une valeur de 40€ en très bon état; disons que mon exemplaire en vaut bien 30, surtout pour la galette qui est superbe ! Et le 'cover art' - comme disent les cousins amerloques - est juste sublime !

samedi 17 mai 2008

Kraan - Kraan (1972, Spiegelei 28778-9)



Petit retour dans la sphère kraut avec le premier très bon album de Kraan sorti en 1972 dans un superbe écrin coloré. Ce groupe allemand formé 2 ans plus tôt dans la région de Stuttgart joue une forme assez rythmée de jazz/rock germanique typique du début des 70's, qui lorgne beaucoup sur la funk avec une rythmique puissante, ou sur un rock plutôt heavy avec une guitare saturée omniprésente. Il est composé de Peter Wolbrandt (guitare, vocaux) Helmut Hattler (basse) Johannes A. Pappert (saxo, percus) Romi (Orgue) et Jan Fride (batterie, congas).

C'est une forme musicale assez proche finalement des artistes ou groupes de la même période issus de la scène de Chicago, tels que The Flock ou parfois le Butterfield Blues Band dans une version plus space-rock. On peut tenter de le rapprocher de groupes tels que Embryo ou Xhol. Le groupe intègre qui plus est dans leur musique quelques effets electroniques ainsi que des ambiances et des sonorités moyent-orientales : une sorte de world musique tendance heavy jazz/rock quoi, qui n'est parfois pas sans rappeler Amon Düül (le 2ème du nom) !



La première face ouvre avec Sarah's Ritt durch den Schwarzwald sur des effets électroniques façon Hawkwind avant d'enchainer avec un riff de guitare galopant qui revient et se répète entre les éclats de basses et les giclées de saxo ; la voix est rare, perchée, plus instrumentale qu'anecdotique. Sur M. C. Escher, l'orgue de Romi fait une apparition notable, la guitare arabise un ou deux ponts à l'image de certains titres du E=MH² de Clark-Hutchinson ; mais c'est le saxo qui prédomine dans les parties les plus mélodiques. Dernier morceau de la face, Kraan arabia joue la carte de l'orient à fond les manettes. Le morceau démarre sur des syncopes de congas qui évoquent Sympathy for the Devil, puis la basse roule, la guitare arpège des mélopées de harem, avant que le saxo ne nous emmène survoler le détroit de Bosphore. Le jam s'installe, le rythme s'accelère, le funk devient maitre des lieux mais le rock guète et le jazz surveille tout celà d'un oeil circonspect. Le morceau s'interrompt, une basse lourde maintient l'oreille écarquillée, le temps de reprendre ses esprits, de reposer les pieds sur l'asphalte - ou le plancher des bêtes à cornes - et le jam redémarre comme ça avait commencé presque 10 minutes auparavant : congas, basse, etc. avant de nous libérer inévitablement de son emprise.

La face b est un long jam de plus de 18 minutes, Head, fait de guitares reptiliennes comme les jouaient John Cippolina, de percus tribales féroces, d'envolées vocales mélant la fragilité de Bowie et l'allegro de Ian Gillan, de saxo provocateurs et dépaysants ; les rythmes se cassent, la batterie ondule et roule comme les hanches d'une danseuse, la basse est lubrique, presque indescente, les fumées de narguilés embrument la vision et l'esprit, et le morceau s'achève dans la violence de la montée d'endorphines... s'ensuit le titre qui clot l'album, Sarah auf der Gänswies, deux minutes de guitares cinglantes et mélodieuses, le temps que les vapeurs du Hammam se dissipent et que l'on constate que tout ceci n'était qu'une - inoubliable - illusion.



L'édition qui orne mes étagères est le Spiegelei allemand sorti en 1972, avec son oeuf au plat sur le label (graphiquement très sympatique) et la pochette est EX, alors que le disque VG+ (quelques marques visuelles). Je l'estime assez sobrement autour de 40 euro, étant donné le bon état de la bestiole.

A noter la bonne tenue des albums suivants, et le virage jazz/fusion sur l'album Let it out sorti en 1975, succès modéré aux US.
chronique et liens ici

lundi 5 novembre 2007

John McLaughlin - Devotion (1970, Douglas 500 011)




Pour son second LP solo, John McLaughlin se lache franchement !! alors qu'Extrapolation (1969) tire franchement sur le jazz et lorgne un peu sur les musiques latines, Devotion est une compilation de styles en vogue à la fin des sixties. Pas encore dans son trip Harekrishna, McLaughlin explore la soul, le blues, le hard-rock, le rock progressif dans une ambiance de psychédélisme prenante.

Outre l'apport crucial de Buddy Miles et de Billy Rich, section rythmique du Buddy Miles Express, c'est l'orgue de Larry Young qui donne sa dimension à cet album de McLaughlin, sur la première partie notamment. Les deux se connaissent parfaitement car ils fondent le Tony Williams Lifetime en 1969 (avec bien sur Tony Williams), power trio orienté vers la soul-jazz et l'avant garde. Son jeu de Hammond amène la touche soul qui rend ce disque inégalé dans la carrière de John McLaughlin.



Le titre éponyme est une merveille de créativité, et résume à lui seul le sublime de l'album, en compilant en 11'25 tous les styles deja cités : jazz, soul, blues, hard-rock, etc. Ce morceau m'inspire un voyage au dessus d'un monde en éruption, où tout se transforme en laissant une étrange impression que rien ne sera pareil par la suite. Le jam le plus halluciné de la discographie (très profonde) de McLaughlin.

La suite se passe de commentaires, tout découle de l'ouverture et semble évident et limpide : Marbles qui ouvre la face 2 préfigure la collaboration avec Carlos Santana , Siren est plus ouvertement soul mais bascule dans un rock progressif assez heavy, alors que l'album se clot par une séance de trance avec Purpose of when où John McLaughlin torture le manche de sa guitare dans un long solo étrangement apaisant et rassurant ; comme pour nous indiquer qu'après le survol de ce monde en métamorphose, nous ne devions pas avoir peur... une bien drôle de sensation !



Le pressage que je vous présente est l'édition Douglas qui porte la référence 500 011 sorti en 1970 en France : il est pour ainsi dire comme neuf (disque/label/pochette) et mérite une cote de 20 à 30 euro.